Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 22:16

barbie et ken chupa chups

L'humour, pour donner de la légèreté au moment. Il ne s'agit bien sûr pas du salut de l'âme qui exige d'une institution bimillénaire des dons pour disposer de moyens permettant de mener sa mission au mieux. Sauver ne prête pas à rire (ni ne donne à sourire : juste à se réjouir, si l'on est animé par une telle foi) ; l'humour n'est pas de mise (le mauvais goût non plus). Entre des photos de Donata Wenders (des visages impressionnants de présence), celles de Marc Montméat (une série émouvante, "Solitudes") et l'exposition de Marc Riboud ("Liberté, égalité, féminité") très sobre, croiser, loin derrière une vitre, deux photos d'une campagne de publicité, c'est un peu comme un air du Barbier de Séville dans un concert consacré à Brahms ou Mahler. Un parfum léger, dans un lieu de méditation, un cloître cistercien, par exemple.

Humour ? N'est-ce pas plutôt une blague de potache ? Une blague est plutôt l'irruption soudaine d'une manière de surprendre en faisant perdre à quelqu'un de sa superbe, sans pour autant chercher à le blesser réellement. Le blagueur vise la légèreté, pas une prise de pouvoir sur l'autre. L'humour ajoute à cette légèreté des décallages ou la poursuite d'une logique qui va jusqu'à dépasser l'absurde en créant un monde. Ici, la logique de l'enfance qui joue avec le réel et l'imaginaire avec sérieux, est reprise : deux icônes de l'idéal adulte pour certains enfants sont repris par le monde adulte en leur donnant une vie (une bouche qui peut sucer une sucette, donc un organisme humain vivant), mais avec une deuxième référence à l'enfance (des sucettes appréciées, devenus elles aussi des icônes). Si Barbie et Ken vivaient, ils apprécieraient comme vous les Chupas Chups et en trouveraient à leur taille.

Il ne serait pas étonnant que l'on trouve dans ces photos, de poupées dont la morphologie sexuée est évidente, un certain jeu avec la sexualité. Annie aimait bien les sucettes...

 

Donata Wenders, Marc Montméat et Marc Riboud sont à la Polka Galerie (Paris)

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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 15:33

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L'Eglise est dans le monde. Soit. Un sociologue, un historien, un polémiste, ou un simple quidam le diront. La spiritualité ne peut échapper à l'époque, à la société, dans lesquelles elle existe. A sa manière elle en dit quelque chose. Que, comme toute institution, elle ait besoin de finances pour maintenir et même développer ses activités cela ne fait que confirmer cette évidence. Il reste à mettre en oeuvre les moyens qui permettent de disposer du budget qui permettra de permettre de réaliser les projets de l'institution au delà même de son maintien. La fin justifie-t-elle les moyens ? Question éternelle (l'adjectif paraît, ici, opportun, puisque l'Eglise affirme l'existence d'une vie éternelle).

 

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La campagne publicitaire (ou de promotion) liée au denier du culte dans l'Ouest de la France mérite quelques réflexions. Donnons acte à l'Eglise que les valeurs d'avenir, les actions et les richesses qu'elle promeut sont les "vraies". Elle explicite à chaque fois ce dont il est question. Sauf à promouvoir une morale de pur narcissisme (s'agirait-il vraiment d'une morale ? Plus vraisemblablement un comportement ou une conduite, c'est tout), on reconnaîtra à l'expérience du respect et de la solidarité, à l'aide aux plus fragiles, à la compassion (pour ne citer qu'elles) une légitimité à se présenter comme principes d'une conduite exemplaire. Mais l'institution qui les promeut, qui en est animée, peut-elle être l'ombre d'une tirelire, d'un porte-feuille ou d'un porte-monnaie ? N'est-elle plus qu'une ombre ? N'existe-t-elle qu'à l'ombre des finances ?

Une ombre, écrit le Petit Larousse (édition 2009, p.710) est une "zone d'ombre due à l'absence de lumière ou par l'interception de la lumière par un corps opaque." J'ajoute que le dessin ainsi projeté est celui du contour du corps opaque. Que les trois objets contenant des espèces sonnantes et trébuchantes interceptent la lumière, on l'accorde aisément : l'argent est, depuis des lustres et de manière sans cesse croissante, ce qui attire les feux de la rampe, ceux des projecteurs. Il est devenu à la fois la boussole et le Soleil de nombre de nos contemporains et de la presque totalité des guides de l'opinion. Dans cette campagne appelant au don, la lumière vient d'ailleurs : est-ce là le massage ? Il semble bien, malgré tout, qu'il faut un véritable miracle pour obtenir l'ombre qui apparaît. Et une foi indéfectible pour se dire que l'argent n'a pas d'odeur. A moins qu'à la foi on ajoute les parfums de l'encens.

 

 

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Il reste une coïncidence troublante, qui se change en lapsus révélateur. Il est vrai que l'enfer est pavé de bonnes intentions, et le marketing de mauvais publicitaires.

 

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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 20:24

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Ni ville, ni parc, le cimetière. On a l'impression que l'on y séjourne ; mais personne n'y vit réellement. Ou alors par la puissance de nos affects ou celle de l'imaginaire. Ce qui n'est pas rien, puisque nous entretenons aussi un rapport imaginaire et affectif avec des personnes qui nous sont chères, ou que nous ne connaissons qu'indirectement - par les média, par exemple -. Au cimetière, autre chose vient donner son sens à ce qui est présent pour nous, sans être un vis-à-vis possible. Un peu comme lorsque l'on regarde un lieu, un objet, qui a été fréquenté par quelqu'un -nous le savons parce qu'on nous l'a dit, qu'on le devine, ou qu'on en a été témoin -, quelqu'un qui a disparu, ou est décédé. A la manière d'un banc qui perd de sa présence parce qu'il est usé, abimé, sur le point de n'être plus que vestige. Il est encore là, mais déjà sur le mode de "ce qui aura été", avant que celui de "ce qui fût" l'emporte. Le sens de cette présence dans l'absence (car il s'agit bien de cela) porte en lui notre attachement à la vie, à notre propre existence, non parce que tout n'aurait d'intérêt que par rapport à moi, mais parce que je sens bien que ce sont ces présences qui me portent, qui donnent à ce que je suis ses tonalités, sa forme, ses moments variables et divers comme lorsque les nuages passant vite devant le soleil, font courrir des ombres et de l'éblouissement sur le sol.

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Certains veulent demeurer dans l'absence, y compris pour ceux qui ne les connaissaient ni ne les auront connu. Ils y résidaient, eux aussi, de leur vivant s'ils y ont édifié ce qui aura, plus tard, accueilli leur dépouille. Mais comment se dire alors qu'on ne sera plus en mesure de l'affirmer par son regard ? Comment maintenir une identité, une différence par là même, alors que les tombes sont juxtaposées, disposant chacune d'une surface mesurée au plus juste, dans une organisation géométrique. Comment ne pas sombrer dans l'anonymat ? Ne pas se perdre, corps et... ? Comment éviter le sort des navires qui, lors d'un naufrage, sombrent, engloutis par ce dont ils avaient su se jouer jusque là ? Demeurer à la lumière, sous le regard. Sous les regards que l'on forcera. Edifier, ériger un signe distinctif. Une affirmation, mais avec cette imperfection essentielle de l'immobilité, gage, malgré tout, d'une certaine permanence. Ce désir de côtoyer encore les vivants anime tous ces monuments, ces constructions chargées d'être une manière de mémoire. Mémoire plus que souvenir : alors que le souvenir fait réapparaître ce qui a été, quoiqu'avec des altérations éventuelles, la mémoire est d'abord ce qui efface et ce qui permet de retrouver tout en risquant lacunes ; la mémoire doit être remise en oeuvre : comment y parvenir lorsque l'on ne dispose d'aucun souvenir lié à cette personne qui maintient sa présence à l'aide d'un monument, d'une pierre, d'une inscription (qu'elle soit lisible ou effacée, importe parfois peu). Mémoire devenue indisponible, sauf à se dire : tiens, voilà la tombe de Untel, qui a voulu éviter d'endosser l'uniforme de la pierre anonyme ! Ce qui est assez peu, si l'on excepte la musique des noms, et ce que chacun va leur associer.

 

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Tout n'est pas aussi simple. Si le plan est géométrique, si des édifices, modestes ou gigantesques, prennent place, tout est périssable, autant l'artifice que le naturel. Celui-ci, sous l'espèce de l'arbre en particulier, déploie sa puissance, aveuglément ou presque, en tout cas indifférent aux intentions humaines. S'associant à la qualité parfois médiocre des matériaux et à une descendance indifférente, ou appauvrie, ou plus préoccupée par le lendemain que l'avant-hier, l'arbre laisse ses racines s'installer là où les conditions leur sont favorables. Le temps, puissance du négatif, dissout autant qu'il cristalise, détruit autant qu'il érige. Il introduit sans cesse de la différence. A l'ordre du monumental peut succéder le désordre de l'ancien qui a capitulé.

 

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La promenade se propose alors. Dans les allées comme dans des passages, pour regarder autrement.

 

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Observer au passage la ferveur qui a guidé les décisions des endeuillés, des abandonnés. Eux-mêmes ont dû abandonner le fardeau et ce qu'il est resté d'eux a rejoint celle ou celui dont la disparition a pu être l'ffondrement d'un monde. Piété manifeste, peut-être jouée, qui sait ? Pour donner le change et diminuer le regard d'une famille à laquelle ont s'est lié mais qui ne vous appércie pas, qui se méfie de vous. Il a fallu prier, et le monter. Personne ne pouvait ignorer qu'à cet endroit on a prié, qu'on se soit limité à en produire les signes ou qu'on y ait tendu toute sa conscience.

 

 

Veuve de Morisson

De nos jours, encore, on se recueille auprès de ce qui persiste de ceux dont on porte le deuil. Comme cette jeune veuve de Jim Morrison, car elle l'aime encore, alors qu'elle est née vingt ans après son décès. Une manière de se raconter sa propre histoire, fût-elle fictive. Une narration qui vaut par les émotions qu'elle suscite. La vérité, qui s'en inquiète ? Le chanteur à l'envol fatal ne dit mot, la jeune femme rêve, et vit ce rêve qu'elle seule connaît. Elle se donne une existence en accordant à l'icône rock, le poète maudit des sixties engagées et violentes et des seventies balbutiantes,  une puissance qu'il a généreusement dispensée, au point qu'elle produit des effets de sens plusieurs décennies après avoir embrassé la camarde à Paris.

 

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C'est alors le regard plongé dans le rêve qui gît au fond d'un trou que, superbe ou inquiet, l'on interroge ce que l'on a vécu, ce que l'on s'accordera la nécesité de vouloir, et le désir d'éprouver.

 

 

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Et même si le temps est musique, il ne tient à rien : il forme puis disloque. Sans hésitation. Assassin, comme dirait l'autre.

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Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 21:31

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Certaine situation éminente, afin de surmonter le scandale, doit se doubler de gravité. A moins d'être une divinité ou, à tout le moins, un héros : l'artifice que la pudeur exige pour le mortel (essentiellement commun) disparaît, la nudité témoigne de l'origine de tout jugement, impose plus que le respect, l'obéissance inconditionnelle.Même lorsque l'on trouve refuge sur le balcon d'un appartement au premier étage d'un immeuble bourgeois. A Paris. En vis-à-vis de l'Orangerie du Sénat.

Et cependant, on devine l'ennui (caché par la haute conscience de sa valeur) suscité par la pompe et les ors de ces édiles qui vivent de l'illusion de leur importance, eux qui, malgré la sagesse dont ils devraient témoigner, n'approcheront jamais, même de très loin, l'immortalité. Qu'ils sont vains ces petits messieurs et ces très rares dames ! Vains parce que suffisants, certains de disposer d'une sagesse qui les autorise à imposer, plus souvent qu'à leur tour, leurs aveuglements, leurs égarements. La gravité masque difficilement cet ennui : comme le temps passe lentement au spectacle de ces poussières ayant soudain pris forme humaine et qui l'auront bientôt perdue ! L'immortalité rend impassible, mais l'ennui fait émerger l'ombre de l'irritation, un instant. Allons, le printemps arrive : les formes vont se diversifier, la lumière les dessinera de manière changeante, les couleurs les feront viber. Ce sera transitoire, éphémère, mais permettra l'irruption soudaine de la beauté. Le retour de la légèreté.

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Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 20:58

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Qu'est-ce qui fait exister une photo sinon le regard que les autres lui accordent ? Mais où ce regard se donne-t-il ? Il est l'éternel absent, et le nécessaire présent.

Une photo est là. Un premier regard a prélevé sur le monde ce qui fait événement pour lui. Comme du sens qui surgirait ou atteindrait une intensité telle que la nécessité de le préserver, hors du changement, s'imposerait. Le photographe a cueilli cet instant, comme un enfant un bouton d'or qu'il gardera ou offrira. Comment cet instant ne s'évanouira-t-il pas ? Comment ne fanera-t-il pas ? Il l'expose, de manière privée ou en affrontant un public. Le photographe, comme regard, s'absente : l'objet photographique se donne alors comme le réel d'un moment. Alors qu'il n'est que le moment d'un regard. Ou plus sexactement : le moment d'un regard sur ce qui passe. Nécessairement présent parce que sans lui la photo n'existerait pas. Absent pour l'éternité parce que personne à part lui n'a été là, et lui-même ne peut plus s'y trouver puisque le temps a passé.

Restent tous ceux qui font de la photo ce que leur regard éprouve. Parce qu'eux aussi désirent une présence, celle d'un sens qu'ils acceptent d'y chercher, mais qu'ils attendent de voir se manifester. Qu'ils n'y parviennent pas et ils diront que le cliché ne vaut que pour son auteur, sorte de trace d'un passé anecdotique. S'ils y réussissent, la photo existe et n'appartient plus à son auteur (sinon d'un point de vue juridique, ce qui n'a aucune importance esthétique, émotionnelle). Une communauté idéale se constitue alors, faite de la sensibilité de ceux dont le regard a joui de la contemplation de la photo, c'est-à-dire de son épaisseur, de sa vibration. De la sensibilité appelée et ouverte à ce qui apparaît comme une exploration. Et la photo devient monde, ce qui existe comme un tout qui se suffit, dans lequel on se retrouve, qui permet des étonnements, la découverte de ce que l'on ne soupçonnait pas exister auparavant. Ce qui fait exister la photo c'est ce qu'elle fait exister.

 

Photo (autoportrait discret) d'une photo de Marc Riboud (La jeune fille à la fleur, Washington DC, 1967) exposée à la PolkaGalerie, Cour de Venise, 12 rue Saint Gilles, 75003 Paris 

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  • Homme
  • rêveur philosophe timide oeil et oreille
  • Les clichés sont l'effet de la conjonction aléatoire entre un Canon G7 ou un EOS 550D, un dispositif anatomique animé par une espèce de jugement (le mien), et des circonstances. Les textes, j'ignore ce qui peut bien les produire ; disons : moi.

"Il me semble que j'essaye de vous raconter un rêve - et que ma tentative est vaine, parce que aucun récit ne peut rendre la sensation du rêve, ce mélange d'absurdité, de surprise, d'ahurissement dans un tremblement de révolte acharnée, cette sensation d'être en proie à l'incroyable, qui est l'essence même du rêve. (...) ... Non c'est impossible. Il est impossible de rendre la sensation vécue d'une époque donnée de l'existence, ce qui en fait la vérité, la signification, l'essence subtile et pénétrante. C'est impossible. Nous vivons comme nous rêvons - seuls." Joseph CONRAD, Coeur de ténèbres
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