Un passant.
De passage. Suis-je plus qu'une ombre sur un sable que la mer conquiert par marée montante ? Que le temps passe, que le rythme de son mouvement s'accélère : j'en vis l'évidence. Il ne s'agit pas de lui, mais de moi qui ne suis qu'en lui plutôt qu'il ne serait que par moi. Cette expérience s'inscrit dans l'ordre d'une fragilité constitutive, celle de la vie qui ne tient jamais qu'à peu de fils. Leur nombre incertain, indéterminable parce qu'il n'apparaît à personne, ne se donne qu'après, lorsqu'il n'y a plus rien à dénombrer : celui à qui serait confiée cette fonction s'étant absenté pour lui-même d'abord, pour les autres aussi.
Je me sens de passage, sans savoir avec précision où je passe ni de quelle manière je le fais. Je passe, pas à la manière du joueur de poker qui ne demande rien, ou de celui du bridge qui n'annonce pas, reconnaissant ainsi ne pas disposer d'un jeu suffisant pour s'engager. Je passe : comme un nuage devant le soleil. La trace qu'il dépose est en légère apesanteur : elle ne marque pas, mais s'évanouit. L'évanescence, ma manière de percevoir ma vie. Peut-être est-ce cela, l'homme sans qualité.
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