S'arrêter au reflet.
Pourquoi se méfier des apparences ? On les condamne au prétexte qu'elles se font passer pour la réalité. Il serait plus exact de chercher ce qui amène à le leur permettre. Nous aimons nous laisser prendre au jeu des apparences. Notre plaisir (ou sa recherche) mériterait la condamnation : reproche-t-on au chocolat des confiseurs qu'on les apprécie au point, parfois, de s'en rendre malade ?
Plutôt que de se méfier des apparences, observons-les avec attention. Qu'est-ce qui les rend si plaisantes et trompeuses? Elles proposent de jouer sur les variations, les modifications, un peu comme le "jeu des sept erreurs" ! Et jouer permet d'entrer dans un monde dans lequel les règles dépendent de notre acceptation : elles ne nous sont pas imposées, ni tenues pour sacrées. Elles offrent une respiration consciente. Loin de nous tromper, elles guident notre interrogation sur la réalité, ou ce qui est supposé réel. La réalité n'est qu'un ensemble d'apparences plus constantes, durables, que d'autres. Pour nous rassurer , nous tenons le plus constant pour l'immuable, le plus durable pour l'éternel. Or, à bien y regarder, qu'est-ce qui résiste vraiment au temps ?
Le reflet avoue l'impermanence des choses. Il mérite des égards.