Oiseau de fortune
La fortune tourne sur elle-même. L'oiseau la nargue : il n'a pas besoin d'un socle, et ni d'un axe pour tenir droit. Il n'a d'ailleurs que faire de tenir droit : il est suspendu, au delà de la station verticale à laquelle les hommes sont liés ; et leurs divinités semblent en dépendre tout autant. Elle tourne au gré des vents, bons ou mauvais. Et regarde qui le vent amène ses regards à toucher. Bonne ou mauvaisse elle-même, selon ce qui adveint à chacun. Soumise aux vents, elle asservit deux colosses : des atlantes, des porteurs, condamnés par une divinité plus jeune à supporter la terre. Or, qu'est-ce que la fortune, sinon ce qui porte le destin ? Nous voilà dans une histoire en abîme : qui porte qui ? A quoi bon le savoir !
L'oiseau, porté par l'air, joue de celui-ci. Qu'a-t-il besoin de savoir si l'air est porté ? Il ne dispose d'autre assurance que celle de ce qu'il ressent. Les hommes demandent a être rassuré, à tout prix. Ils veulent savoir à quoi tiennent chance et malchance, et ce qui garantit que ce qui les donne repose sur un sol ferme. Pourquoi ne laissons-nous pas les choses venir, et aviser au moment où elles approchent de ce qui semblent le plus opportun ? Rien n'est solide. Tout passe.
Monument en bronze de Bernardo Falcone, composé de deux atlantes surmontés d'un globe doré sur lequel tourne une statue de la Fortune, situé sur les bâtiments de la Douane de mer à Venise ; l'ensemble (bâtiments et monument) fut achevé en 1677.