Hésitations.
La nature ignore la droite, la raison repousse l'absence de rectitude. Les artifices qu'elle impose, tel ce banc, manifestent leur nostalgie de la courbe imprévisible, du mouvement accidentel, de l'infinie diversité des formes qui, pourtant, affirment la puissance du vivant. La vie résiste tant que la force qui l'anime persévère. Elle résiste à la chute dans le plus court chemin : elle vagabonde, découvre le temps, se donne la liberté du changement. Elle ignore l'identique, l'abstrait, l'appauvri, le faible. C'est aussi ce qui fait d'elle une puissance aveugle, terrible, injuste. La justice n'aime que la mesure. La vie crée sans compter. Elle écrase aussi.
Parce que la raison n'y parvient pas : elle découvre, invente, bricole, mais ne crée pas. Alors elle hésite. Faire plier la nature en la soumettant à ses normes : produire un banc. Eprouver la nostalgie d'un monde perdu : elle s'arrête pour regarder, admirer, sentir qu'elle en vient, mais qu'elle ne peut plus le retrouver, le rejoindre.