Entre sublime et humilité.
Le regard suit sans résister ce qui s'élève. Avec d'autant plus de facilité et de plaisir que les lignes sont très pures, blanches, et s'inscrivent d'autant mieux dans le ciel qu'il déploie son azur et laisse à quelques nuages le soin de se dessiner avec une certaine liberté. Fascinée par ces formes simples mais dont le sentiment d'immensité qu'elles suscitent s'impose, notre capacité de nous représenter tout cet édifice abdique pour laisser le sublime nous envahir.
Puis, l'échelle change.
L'humble insecte, épuisé peut-être, a choisi de faire halte en plein chemin. A bien le regarder, téméraire, il incarne une aussi puissante géométrie que les plus hardies constructions humaines. Et sa forme a traversé les millénaires ; elle en traversera d'autres, si les hommes se résolvent enfin à s'interdire de détruire pour affirmer toujours plus leur puissance aveugle. Est-il sublime ? Non, simplement émouvant de finesse et impressionnant de résistance au temps, et aux hommes.
Et si notre volonté de puissance révélait notre impuissance à penser avec sérieux et plaisir un monde où vivre vraiment, en lieu et place de notre activité aveuglément vouée à notre perte prochaine ? Que sera un monde vidé d'une part importante des espèces vivantes, qui portera les traces bien inutiles des oeuvres humaines sublimes ?
Il suffirait que nous nous élevions au niveau de l'humilité. Mais nous sommes orgueilleux.