Du temps pour respirer.
Donner du temps au temps ! Pourquoi pas, s'il pouvait nous le rendre. Or personne n'en dispose : je ne peux le donner à qui ne peut le recevoir (qui est ce temps dont on parle ?). Je ne peux en attendre en retour de qui n'en dispose pas. Il est plus trivial mais plus exact d'énoncer : "Laissons les événements se dérouler selon des modalités que nous ne maîtrisons pas et que nous ne pouvons qu'accepter ! Ne faisons pas preuve d'impatience". Mais "donner du temps au temps" ...pourquoi pas du lard au cochon ! Et encore : le cochon peut donner (c'est-à-dire qu'on peut lui prendre), et il peut recevoir. Le temps n'est pas le cochon, parce qu'il ne nous est pas extérieur, il est moi, nous, vous, eux. Nous le faisons exister. Et ce n'est ni cette horloge, ni les bâtiments que l'on aperçoit au loin qui pourront, par leur simple exstence, nier cela.
Que puis-je me donner que je n'aie ? Respirer, s'accorder de respirer en ne se laissant pas distraire. Pour retrouver l'attention aux choses, aux autres, à soi.
Quelques mots encore à propos de l'expression (" ...il sera bon de donner du temps au temps. On n’a pas pris Zamora en une heure.") que Don Quichotte utilise (chapitre LXXI, De ce qui arriva à don Quichotte et à son écuyer Sancho retournant à leur village) dans une situation dans laquelle le héros se fait duper par son valet, ne saurait être une sagesse. Tout au plus un adage qui permet de laisser croire à soi-même que l'on énonce une vérité d'importance. Alors qu'il n'est question que de prendre son temps, ne pas se presser, accepter d'installer l'action dans une durée raisonnable. Une pose, pas une pensée.