Des lignes, toujours.
A quoi reconnaît-on les êtres humains ? Aux lignes qu'ils produisent. Partout où ils passent, ils tracent des lignes, ils alignent : ils géométrisent. Mesureurs de la terre, ou géomètres, pour se rassurer, ilscherchent dans la nature elle-même des lignes. Ils élaguent, plantent, choisissent les jardins à la française pour montrer le triomphe des figures, des tracés rationnels, ou à l'anglaise en feignant d'imiter la nature alors même que des lignes organisent tout, mais de manière cachée. De l'ordre et de la mesure. En tout. Partout. Ainsi saura-t-on où l'on est et où l'on va. Mais, à force de se rassurer, le manque apparaît, surgit, explose. Alors, on plante et on laisse les coudées franche au lierre : il cache ses tiges, qui témoignent de sa parenté avec les hommes. On le laisse donner le change avec son exubérance. Mais lorsque de l'excès est perçu, on le taille, le ramenant ainsi à la mesure, à la ligne, à la raison.