Attendre, est-ce vivre ?

Publié le par Impressions éphémères, le blog

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Lancer les dés. Il y a en cela une décision et une acceptation: le moment de les lancer tient à soi, à une manière de s'engager en introduisant une rupture dans le temps. Avant on tient les dés, on les fait rouler dans un cornet ou au creux de ses paumes, et soudain, parce que l'intuition a senti qu'il fallait produire un "maintenant !", on les lance. On a décidé, sans pour autant qu'il y ait eu une réflexion. On accepte de ne plus suspendre l'imminence du verdict. Il s'écoule encore un peu de temps, quelques fractions de seconde, parfois plus si un ou plusieurs des dés jouent à la toupie.On accepte encore que les faces exposées au ciel décident de ce que l'on fera, ou de ce qui nous échoiera.
Comme Françoise et Pablo : il a décidé de jouer en abritant le soleil du chapeau de la belle dame, véritable astre féminin, avec un parasol dont la forme est soeur de celle du chapeau. Décision esthétique, tout autant qu'amoureuse : regardez-les rire de leur des correspondances entre choses et êtres. Elle accepte de jouer, de devenir sujet d'une expérience de bonheur. Ils continuent à lancer les dés de la vie, en pariant que le bonheur exposé à l'objectif de Capa. Ils font le plein de joie, elle est là, qui irradie. Même s'ils sont loin maintenant, ils dépassent tout ce qui nous séduit : les éclaboussures colorées des fleurs disparaissent parce qu'elles sont déjà éteintes, alors qu'eux brûlent d'un feu qui a saisi le temps, le dévore, et accède à l'éternité. Ils ont lancé les dés avec la certitude de gagner.
Le lancer de dés, si on le filme avec  cinquante, cent, ou même cinq cents images par seconde et qu'on projette le filme deux, quatre, ou quarante fois moins vite, on aura une représentation de l'attente. Attendre, consiste à décider (sans certitude) que quelque événement va se produire, et accepter de distendre le temps autant qu'il le faudra pour laisser à l'événement advenir au moment opportun. L'attente est toujours au moins un peu inquiète : on ne maîtrise pas le temps, ce qui s'y passe.  Et si... ? Si elle se double de confiance, elle participe à construire un bonheur, ou une résignation : la confiance ne se transforme pas en révolte. C'est pourquoi, il faut savoir attendre, en adhérant au rythme du temps, à celui du cours des choses, pour conjurer la déception, le dépit, les regrets. Ne pas souffrir du temps. Le considérer comme l'expression de ce qui nous convient.
Pas facile à vivre. Ce n'en est pas moins la meilleure manière de saisir au vol ce qui se présentera comme le meilleur moment pour affirmer. Est-ce que j'y parviens ? Je le cherche. Y réussir est ma récompense. Comme celle que Pablo et Françoise ont vécu, malgré tout.


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