Se laisser surprendre.
Il arrive que l'on réussisse autre chose que ce que l'on attendait, ou que ce que l'on croit, dans un premier temps, avoir réalisé. Soit un sujet banal : une abeille butinant une des fleurs d'un helianthus annuus (un tournesol, pour les non-pédants). Effet d'un désoeuvrement dominical, un cliché est pris. Il ne présente pas de qualités qui le rendrait particulièrement intéressant. Sous le ciel britannique un peu bouché, il fait grand soleil : seule raison qui a motivé l'usage de l'appareil à se donner le sentiment d'arrêter le temps. Une espèce de blague. Or, le regard, s'il ne passe pas sur cette n-ième photo qui fait regretter de ne pas pouvoir contempler un Van Gogh afin de respirer la nature dans sa violence native, le regard, donc, perçoit une abeille qui approche, mais se trouve comme suspendue. Si cela ne suffit pas pour rendre le cliché remarquable, cela déride légèrement le visage, fait sourire. Parce qu'il y a plus et mieux que ce que l'on se proposait de saisir. Parce que l'on peut se raconter l'histoire de l'abeille timide qui hésite à d'inviter au festin que se réserve l'abeille laborieuse. Ou autre chose. Une surprise qui fait parler.