Faire signe.
Imaginer, ou connaître. Nous avons besoin de savoir et de faire savoir. Ce désir s'exprime à l'aide de signes (une enseigne, par exemple) par lesquels on porte à la connaissance des autres ce dont on veut les informer afin qu'ils en tiennent compte. Ainsi de l'indication de la présence d'un CAFE dans une maison que rien ne distingue des autres, si l'on se contente de la regarder de l'extérieur. Puis l'objet de cette décison disparaît : le Café ferme, allez savoir pourquoi, alors qu'il y a une rivière qui passe devant, des pêcheurs qui ont soif, des promeneurs qui apprécient l'ombre de deux ou trois tilleuls ; mais il a dû survenir une situation qui a imposé cette fermeture. Une histoire qui nous échappe.
Cependant, ce par quoi on a cherché à le rendre reconnaissable persiste. Laissé à lui-même le signe perd une partie de son contenu, celle qui en justifiait la présence. L'enseigne est devenue rectangle enté sur une façade, tole rouillée, la peinture a progressivement disparu, ne laissant que des ombres que l'on discerne à peine. Reste la présence d'un signe qui ne signifie plus que lui-même et qui renvoie à un passé. Un signe qui donne l'occasion d'imaginer, de se dire qu'avant de gravir la côté qui mène à la petite chapelle du XIIe siècle, un rafraîchissement aurait imposé une halte, donné l'occasion d'écouter discuter les pêcheurs de leurs prises, de leurs savoir-faire, leurs essais. Tant pis ; on est quitte pour se raconter des histoires.