Photo

Publié le par Impressions éphémères, le blog

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Qu'est-ce qui fait exister une photo sinon le regard que les autres lui accordent ? Mais où ce regard se donne-t-il ? Il est l'éternel absent, et le nécessaire présent.

Une photo est là. Un premier regard a prélevé sur le monde ce qui fait événement pour lui. Comme du sens qui surgirait ou atteindrait une intensité telle que la nécessité de le préserver, hors du changement, s'imposerait. Le photographe a cueilli cet instant, comme un enfant un bouton d'or qu'il gardera ou offrira. Comment cet instant ne s'évanouira-t-il pas ? Comment ne fanera-t-il pas ? Il l'expose, de manière privée ou en affrontant un public. Le photographe, comme regard, s'absente : l'objet photographique se donne alors comme le réel d'un moment. Alors qu'il n'est que le moment d'un regard. Ou plus sexactement : le moment d'un regard sur ce qui passe. Nécessairement présent parce que sans lui la photo n'existerait pas. Absent pour l'éternité parce que personne à part lui n'a été là, et lui-même ne peut plus s'y trouver puisque le temps a passé.

Restent tous ceux qui font de la photo ce que leur regard éprouve. Parce qu'eux aussi désirent une présence, celle d'un sens qu'ils acceptent d'y chercher, mais qu'ils attendent de voir se manifester. Qu'ils n'y parviennent pas et ils diront que le cliché ne vaut que pour son auteur, sorte de trace d'un passé anecdotique. S'ils y réussissent, la photo existe et n'appartient plus à son auteur (sinon d'un point de vue juridique, ce qui n'a aucune importance esthétique, émotionnelle). Une communauté idéale se constitue alors, faite de la sensibilité de ceux dont le regard a joui de la contemplation de la photo, c'est-à-dire de son épaisseur, de sa vibration. De la sensibilité appelée et ouverte à ce qui apparaît comme une exploration. Et la photo devient monde, ce qui existe comme un tout qui se suffit, dans lequel on se retrouve, qui permet des étonnements, la découverte de ce que l'on ne soupçonnait pas exister auparavant. Ce qui fait exister la photo c'est ce qu'elle fait exister.

 

Photo (autoportrait discret) d'une photo de Marc Riboud (La jeune fille à la fleur, Washington DC, 1967) exposée à la PolkaGalerie, Cour de Venise, 12 rue Saint Gilles, 75003 Paris 

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sandrin 17/03/2011 19:49



photo de photo, dans laquelle un autoportrait se révèle, reflet d'une prise de photo. Deux instants superposés. sans compter celui de qui regarde. voilà qui ouvre une voie vers l'infini. Le début
de la route.



Impressions éphémères, le blog 17/03/2011 21:03



Vers l'infini et au-delà ? Je doute que l'infini soit l'horizon d'une voie sensible; mais ce n'est qu'un doute. Mais qu'il s'agisse du début d'un chemin, qui sait ?



Catherine 16/03/2011 22:16



Je partage tant vos mots, que j'aurais aimé les écrire, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié, aimé oui, les lire. La photo est un monde de sensibilités, qu'il est si bon de goûter, quand
l'étincelle est là, c'est comme un livre que l'on ne pourrait pas refermer, un souvenir gravé.



Impressions éphémères, le blog 16/03/2011 22:27



Voilà : un livre qu'on ne se lasse pas de reprendre pour trouver de nouveaux chemins.



Pastelle 16/03/2011 00:17



Jolie conclusion.  :)



Impressions éphémères, le blog 16/03/2011 17:17



Merci.